Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
      
   

 
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Aquarelle comtoise: Le secrétaire


 
Petite histoire de jeunesse qui rebondit encore. J'avais alors autour de dix ans. Sur le chemin de mon école, il y avait une librairie ou mes parents avaient eu la bonne idée de m'ouvrir un compte, en bon commerçants qu'ils étaient , soucieux de faire marcher le commerce. J'y achetais mes fournitures scolaires selon le besoin. Un matin, dans la vitrine , dans une boite crème ouverte, couché sur du satin, un stylo plume Visor Pen 7 vert émeraude au capuchon doré brillait de tous ses feux. J'essayai de lui résister, mais je ne le pus bien longtemps et je me souviens encore cinquante ans plus tard, des grandes mains puissantes de la libraire me présentant le si bel objet dans sa boite. Des recherches me permirent de transmettre à cette dame, aujourd'hui d'un très grand âge, le souvenir de cette histoire par l'intermédiaire de sa fille qui fut un temps à cette époque, ma préceptrice, que je n'avais jamais revue depuis plus de cinquante ans et qui ne se souvenait pas de moi alors que j'avais gardé de mon coté le souvenir de tant de détails de notre environnement partagé de l'époque, qui les surprirent toutes deux. C'est fou ce qu'un enfant peut enregistrer de sa vie. Je leur racontai combien cet achat fut déterminant dans mon goût pour les stylos et leur énumérai ceux avec lesquels avais été dans mon histoire le plus intime. En réponse, elles m'offrirent un beau livre sur les stylos ou je pus retrouver mes chers anciens compagnons. L'histoire aurait pu s'arrêter là mais à ce dernier Noël, mon neveu me confia sa passion ressente pour les stylos, l'encre et le papier, mon histoire le ravit et nous emporta dans une complicité secrète d'initiés et ou j'eus la sensation de lui passer un relai magique, lui qui se destine au métier d'écrivain. Le scribe est le sage qui écrit ses histoires mais aussi celles des autres, celui qui est seul devant le papier, entretenu dans un état second par l'odeur de l'encre et l'inspiration, noircit la feuille de signes mystérieux qui refont le monde. J'ai voulu dans une peinture immortaliser le lien entre le stylo et la main qui le tient, le touche le caresse. Mais n'y a-t-il pas quelque chose d'autre dans cette aquarelle? de plus caché?
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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