Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
  Gillou. Probablement que tout occidental rêve un jour d'un endroit pareil. Loin de tout, perdu dans sa montagne, inondé de soleil, le petit hameau semble endormi pour l'éternité. Vestige d'un passé disparu, on voit encore les traces de sa prospérité. Au milieu de ses pâturages, il offrait une halte à la montée aux alpages comme au retour en automne. Pendant quelques semaines au printemps, les troupeaux s'y arrêtaient, se nourrissaient de cette nouvelle herbe tendre assurant la fabrication des premiers fromages avant que le temps permette de gagner les hauts herbages d'été. A l'automne, les vaches pouvaient profiter encore d'une herbe grasse avant la désalpe. Toute la famille venait vivre là avec le troupeau. A flanc d'alpage, de chaque coté d'une belle allée s'alignent encore des étables qui pouvaient protéger les bêtes si besoin, des granges pour assurer le stockages de foins coupés en été après la première repousse et enfin des habitations toutes de bois, sommaires mais tellement chaleureuses, chargées d'histoires et de traditions. Cet endroit a perdu sa vocation première, mais il reste un endroit de paix ou l'on ne rencontre que soit même, si petit devant une nature si forte, un lieu de retraite ou l'esprit libéré des contraintes et de l'emprunte de notre monde, peut philosopher et se régénérer avec intelligence. Gillou a encore sa reine, Marie, une très belle vieille dame qui monte là dans sa maison, à tout moment et en toute saison, se nourrir de sa solitude en se souvenant de son passé. Grande prêtresse des temps perdus, elle est le témoignage vivant, noble, d'une culture, d'une histoire qui a forgé le tempérament de tout anniviard et qui démontre par sa gaité, sa gentillesse et son bonheur de vivre qui font légende, que si les temps changent, il est des choses éternelles que nous recherchons tous, quelle a trouvé depuis longtemps, dont elle donnera peut-être le secret à qui saura l'apprivoiser un peu, l'écouter et l'entendre. Les autres, amusée, elle les regardera peut-être passer sous sa fenêtre, la main délicatement posée sur le rebord du chambranle, lequel avec le temps en a copié l'emprunte.  

 
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Aquarelle d'Anniviers: Arrivée à Gillou


 
L'aquarelle: Dans cette aquarelle je voulais transmettre l'éclat des verts au printemps et la richesse de la flore dans une ambiance de gaité et d'effervescence en transmettant cette sensation de monde oublié. L'aquarelle est venue d'un trait, naturellement sans contradiction. Bien sûr je me suis trouvé devant des problèmes techniques dont j'ai inventé des solutions sans trop me poser de questions. Ce fut le cas de la construction de l'espace prairie pour lui donner du volume et du relief. Ce fut le cas encore de l'arrière plan: comment le traiter? lui donner une présence forte? ou pas. J'ai opté pour une unité de tons pour lui donner plus de proximité afin de renforcer la puissance de ce paysage. Ce fut encore le cas des ombres: allais je contraster fortement ou laisser une souplesse. Vous avez vu que j'avais choisi la deuxième solution. Pas de sombre dans cette aquarelle, l'ombre existe comme une ponctuation légère.
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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