Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
 
 
 
   
  Il est des jours d'hiver ou la vallée se fige enveloppée dans un voile de vapeurs montées de la rivière. Face à la lumière ce voile prend des tons rose, bleu, saumon  avec une transparence envoutante, douce et réconfortante à la fois,  dans d'autres orientations, il devient gris, cendré, argenté, opaque, froid,  chargé de mystère, angoissant même. Dans ces moments la sensation n'est pas que visuelle, nous sommes quand même en dessous de moins quinze. L'air pique le nez, transperce le vêtement et glace la peau. C'est de la sensation brute qui pénètre au plus profond du comtois, l'habite, le fait vibrer  dans sa sensibilité. C'est dans ces moment forts de caractère que l'on se sent le plus vivant, le plus attaché à ce pays marqué par son climat. Les biographes de Courbet rappellent son exubérance comtoise typique et pittoresque qui lui donnait une originalité indigène dans les salons parisiens. Je n'en suis pas surpris, même amusé, car j'y ai donné moi même de la sorte. En effet un peu agacé peut-être par cette orgueil parisien qui fait d'eux le centre du monde, alors étudiant à Paris, je me suis surpris à prendre des cotés paysans plus marqués, avec un accent exagéré, que je n'avais pas naturellement et qui auraient surpris ma famille, mais il fallait bien faire face  et laisser se libérer ces essences emmagasinées dans ma fusion avec ma terre qui trace mon identité capable de surprendre et d'attendrir cet égocentrisme parisien. J'ai eu dans ces moments là des jouissances qui devaient être proches de celles de Courbet que je reconnais bien là. Ce qui nous forge, c'est bien cette lumière d'hiver, ces froids parfois si pénétrants qu'ils tuent,  ou ces autres froids secs dont on se protège par bien des épaisseurs de grosse laine  et par des ventres bien remplis de patates et de saucisses,  ces verts de printemps à nous saouler,  ces moiteurs d'été qui nous font transpirer à perdre des litres d'eau sans que nous soyons affecté alors quelles anéantissent tous les visiteurs. Ornans est un pays de contraste ou le soleil peut se montrer tout aussi agressif que le froid d'hiver et la lumière aussi aveuglante que le voile de ses vapeurs de glace .  

 
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Aquarelle de Franche Comté: La Loue à Ornans en Janvier


 
L'aquarelle:
Le challenge dans cette aquarelle était de transcrire l'ambiance venant de la transparence des vapeurs montant de la rivière éclairées par le soleil, rendre à la fois une certaine opacité et une transparence lumineuse. C'est l'hiver, il fait très froid, des ombres marquées accentuent encore cette sensation. La difficulté reposait sur le fait de garder une unité entre la lumière et ces ombres. Je me suis arrêté là. Aurais je du pousser plus loin en contrastant d'avantage? Je ne sais pas....
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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