Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
  Au fond du val, un bout du monde, ou tout semble finir, trône au delà de sa prairie,  la chapelle du prieré, ou ce qui en reste, bijou solitaire  enchâssé entre ses collines cramoisies en hiver, si denses  et oppressante en verts en été, comme adossée au mur, elle vous regarde, fière et si petite à la fois. Toutes les lignes de la vallée se croisent en sa façade. Ici règne l'immobilité et le silence, mais au bout d'un moment si vous y prêtez attention, au fond du val raisonne encore l'écho de ces processions de villageois descendant du plateau de Bonnevaux pour quelques repentirs. Combien d'ermites se sont ils cloitrés dans ses profondeurs solitaires? Combien de miséreux, de proscrits, de pestiférés, s'y sont  réfugiés? Cette vallée saigne encore de son histoire ou derrière une nature virginale trompeuse, les hommes ne sont jamais bien loin. Sur la rivière de la Brême le vieux moulin connait une vie plus calme que d'antan. Sous un rustique hangar au bord de la route , un vieux train de sciage de long Guillet, magnifique oeuvre d'art de la mécanique industrielle  du tout début du XX em vous permettra d'imaginer ces hommes au travail, charpentés comme des boeufs, la taille serrée dans un épais ruban de flanelle, s'épongeant le front d'un  mouchoir à carreaux grand comme une nappe. Ils poussent de lourdes billes de bois avalées par la lame d'où tombent à chaque poussée une belle planche si tôt reprise par un autre homme pour l'empiler sur les quarelets du plot ou elle va sécher,  libérant déjà ses odeurs de bois frais et de résine. La seule ferme  encore en activité vous raccroche à l'actualité et à la vie d'aujourd'hui. Le chien vous accueille, les poules vagabondent partout tandis qu'un chat figé, attend la musaraigne qui se risquera à sortir de son trou, des montbéliardes couchées au milieu des campanules et des carottes sauvage rêvent mâchant le fruit, essence d'un futur comté.    Là haut juste au dessus, le village veille . On peut y accéder par un large sentier pentu qui prend au virage de la route et grimpe  raid au flanc de la colline. Il fut le chemin de croix de tant d' âmes laborieuses.  

 
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Aquarelle de Franche Comté: Le val de Bonnevaux


 
L'aquarelle:
La mise en scène de la chapelle tout en étant naturelle posait le problème de l'équilibre de la peinture. Les lignes sont évidentes, mais encore fallait il les retrouver dans une harmonie chromatique. Le fond m'a posé longtemps un problème  et le bois coté droit également. Il me semble l'avoir résolu . Je voulais aussi que cette aquarelle reflète le coté à la fois doux de ce fond de vallée et la  dureté de la lumière de fin d'automne.
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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