Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
 
 
 
   
  Dame anglaise au marché de Lourmarin.
Chaque vendredi Lourmarin étale son marché, un des plus beaux de Provence. Au-delà du spectacle, de l'agitation, des couleurs, des odeurs, on y fait des rencontres. Ça peut être un simple regard échangé qui va s'imprimer dans la mémoire des émotions vécues. Ça peut être une conversation spontanée avec un vendeur de fruits, de bouquets de fleurs séchées, ou de bijoux artisanaux. Ça peut être une image furtive, ou encore les retrouvailles d'un ami. Le marché est le lieu de toutes les surprises. Depuis plusieurs années j'ai remarqué cette dame qui vient faire son marché, parfois seule, parfois accompagnée. Elle semble d'une grande sagesse, tranquille, elle va nonchalante, d'un étal à un autre sous son grand chapeau de paille dorée qui la cache presque complètement d'un soleil qu'elle semble redouter. Elle laisse à peine entrevoir une peau délicate, pâle et rose, un rouge à lèvres, puissant, bonbon anglais, soulignant ses lèvres. Il se dégage de cette dame une grande dignité et une grande beauté. Elle a beau ne plus être très jeune, la transparence de son teint et la vivacité de son regard lui donnent beaucoup de charme. Elle est comme une porcelaine, lumineuse et fragile entre son chapeau et sa chemise bleue. Elle est de ces personnes que l'on regarde passer, mais qu'on ne dérange  pas. Elle est ailleurs, nos mondes s'effleurent à peine le temps d'un instant. Si je fais attention à elle, trop absorbée par ses pensées, elle ne me voit pas prendre la photo qui me permettra de la peindre. Parfois dans ces circonstances, je me demande si je ne suis pas un voleur d'âme, ou dans la discrétion d'un cliché instantané, je ne m'empare pas tout de même d'un petit bout de cette magie. Me pardonnerait-elle cette audace ? Ne devrais-je pas lui dire ? Lui montrer le fruit de mon impertinence. D'un autre côté, je me dis que si des personnes peuvent être si belles, ça ne peut pas être que pour elles seules et que je dois avoir des yeux probablement pour les remarquer, les regarder, puis les photographier et les peindre. Soyez mes juges.
 

 
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Aquarelle de Provence: Dame Anglaise au marché de Lourmarin


 
L'aquarelle:
Je la voulais pétante de couleurs de fraicheur, mais dans un ensemble convergeant. Il m'a fallu inventer un fond qui vienne souligner et mettre en relief le portrait.
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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