Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
 
 
 
   
 

Ce jour-là, nous avions quitté Reillanne après le marché, en direction de la Fare. Nous nous étions enfoncés dans une forêt de chênes verts très épaisse ou il était difficile de progresser. Ayant repéré sur la carte la présence non loin de là d'un monastère, nous avions imaginé le rejoindre par les collines. Nous avons bagarré dans les épines, les genièvres, les branches trop basses pendant deux heures. Après un solide casse-croute agrémenté de concombre, de saucisson, de jambon, de fromage de Banon et d'un bon pain, achetés au marché, pris sur une pierre au milieu d'une clairière à truffes, nous avons repris notre périple pour enfin tomber sur ce couvant de soeurs recluses, retranchées dans une profonde méditation, étrangère à toute rencontre et à tout dialogue. Un peu troublés de voir d'aussi belles âmes engagées dans un tel renoncement, nous avons repris notre périple vers un morceau de terre blanche qui nous était apparu depuis la hauteur. L'enchevêtrement des collines se montrait infernal et contrariait toute progression, d'un coup, sans prévenir, venu dans notre dos, un troupeau de chèvres et de moutons dévalant la pente à vive allure, nous poussa du nez vers le fond, le berger, un grand gaillard dont le vocabulaire nous échappait un peu, surpris et amusé à la fois de nous trouver là, complètement perdus, en dehors de tout chemin, joua un peu avec nos nerfs avant de nous indiquer un sentier nous amenant vers l'objectif. Cette tache, aperçue plus tôt, était en fait un oppidum pelé composé d'une arête dorsale, un pli géologique rongé par l'érosion. Tel un long vaisseau flottant au-dessus d'une mer de chênes verts rabougris, le caillou avait belle allure. Les couches se superposaient comme un mille-feuille pour finir en bout par une proue surplombant la forêt. À sa surface supérieure, attaquée par le vent, le gel, le soleil, la pierre s'était complètement fracturée en millions de dés présentant une mosaïque monochrome blanche ou, par endroits, arrivaient à pousser quelques brins de thym, présentait une sorte de chemin de ronde, un pont, où, de chaque coté, des dalles nous mettaient en balcon. Quelle surprise la nature peut-elle offrir parfois. À dix kilomètres à la ronde, ce rocher se présente comme une anomalie unique. On pourrait passer à côté et ne pas y prêter attention, alors que c'est vraiment une exception. Si vous passez par là, prenez le temps, vous en serez récompensé.

 

 
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Aquarelle de Provence:Bonsaï de thym


 
L'aquarelle.
Epreuve bien difficile car au delà de l'esthétique, il faut trouver le moyen de faire reconnaitre les proportions, celles d'un bonsaï.
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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