Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
 

Gillou

Il est des peintres qui n'hésitent pas à peindre les mêmes lieux, dix, vingt fois et plus encore. Serait-ce par manque de sujets ou d'imagination ? À première vue on pourrait le croire, mais n'y a-t-il pas autre chose ? Quand Courbet peint les gorges de la Brême des dizaines de fois, quand Monet Multiplie ses tableaux sur les peupliers, ou ses nymphéas, nous ne sommes pas dans des répétitions des mêmes œuvres, mais plutôt dans la pénétration du sujet, dans un cheminement personnel autour d'une recherche esthétique vivante d'un espace qui libère petit à petit ses secrets. Le peintre se fond dans son élément, il devient le bruissement des feuilles des peupliers, il est cette eau qui se trace un chemin à travers les rochers dans l'ombre des falaises du puits noir. Alors mes peintures sur Gillou s'apparentent-elles à ce même exercice? Sentir cet endroit, le mettre en scène, le faire vibrer dans son élément, à chaque fois, pareil et si différent. C'est le climat, l'ambiance qui resurgissent d'un coup et qui mettent le spectateur dans la confidence de la découverte du lieu. Et quel lieu ? N'est- il pas cet endroit de paix qui se remplissait et se vidait au gré des saisons ? n'est-il pas cet endroit de passage ou les anniviards, dans leur transhumance faisaient une halte avec les bêtes qui tondaient la pelouse avant de monter plus haut vers les sommets, ou avant de descendre plus bas vers l’étable. Gillou sert encore à la transhumance solitaire de Marie Zufferey qui vient là, portant avec force et dignité son grand âge . Elle s'y réfugie avec les animaux sauvages qui viennent le matin jusqu'à sa porte. En regardant le fond de la vallée avec la Dent Blanche, la Dent de Zinal, elle rêve , elle embarque dans ses souvenirs, ses voyages de montagnarde, elle entend encore les bruits du troupeau, les odeurs du foin, les cris du François ou du Fernand. Elle pense à sa vie bien remplie, simple et généreuse, ou il n'y a aucun regret, rien à redire comme on dit. Marie, c'est Gillou et Gillou c'est Marie, elle en est la mémoire et la gardienne, elle est peut-être allée à l'école juste ce qu'il fallait, des diplômes ? Derrière lesquels bien des gens d'aujourd'hui éprouvent le besoin de se cacher ou de se montrer, qu’en aurait-elle fait ? Elle n'a peut-être pas fait non plus de grands voyages dans le monde, et pourtant, elle est une très grande dame, elle est la culture de la vallée, son histoire et sans complexe, avec une certaine malice, elle ose écrire ce qu'elle voit, ce qu'elle sent, pour elle, simplement, en jouant avec les mots comme l'aurait fait des Ramuz. Alors en pensant à elle, je peindrai encore et encore cet endroit d'où se dégage quelque chose de bien étrange, un mélange d'harmonie et de mystère dont Marie n'est pas étrangère.

 

 
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Aquarelle du Valais: Gillou


 

L'aquarelle.

J'ai aimé retrouver les sensations sous le pinceau , il y avait quelque chose de connu, d'intime et en même temps l'essentiel me venait plus vite plus directement, j'ai aimé le fond, le lit d'herbes sèches.

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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