Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
      
 

Gillou en Mars


Le Prilett était encore profondément endormi dans une ombre bleutée, seules deux cimes de mélèze léchées par le premier rayon de soleil s'illuminaient comme des lanternes. Après avoir passé le torrent, les raquettes devinrent vite nécessaires pour affronter la pente sans danger, car la neige était encore épaisse et molle. Le sentier qui monte Gillou offre un bon exercice cardiaque. A quelques faux plats, succèdent de belles petites rampes bien raides qui éprouvent autant les jambes que la respiration et le coeur. C'est bien bon de sentir les battements du coeur s'accélérer alors que la respiration devient plus courte pendant que le sang vous monte à la tête, frappe les tempes, vous enivre et vous enveloppe dans une torpeur humide et chaude. Vous sentez la machinerie corporelle en plein fonctionnement, sorte de sensation primaire de la vie, tout le corps pique de mille aiguilles, l'enveloppe tout entière exsude et vous fait reconnaître vos propres limites. La force de l'air semble vous nourrir d'un suc magique. Comme par enchantement, dès que vous ralentissez le pas ou que vous vous arrêtez, en quelques instants tout semble redevenir normal, après un redémarrage, il suffit de quelques instants pour que la frontière soit à nouveau franchie et que vous rentriez à nouveau dans ce monde des sensations extrêmes. Après la dernière grapillotte, un beau sentier sous les épicéas et les mélèzes vous mène à flanc de coteau jusqu'au pré ou semble planté, ce si beau petit hameau de Gillou. Marie Zufferey n'est pas encore remontée ici depuis l'automne. Tout est fermé, les bâtisses de bois semblent oubliées posées dans leur linceul de neige usée que le soleil attaque sans relâche de ses dards enflammés jusqu'à ce qu'elle cède la place. Déjà, par endroits, l'herbe jaunie apparaît, il y aura bien encore quelques vagues de poudreuses, mais ça sent tout de même la fin, la lutte est inégale et l'on sait qui perdra la bataille, profitons donc encore un peu de ce merveilleux endroit endormi pour le retrouver bientôt complètement transformé par un autre décor.


 

 
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Aquarelle du Valais: Gillou en Mars


 

L'aquarelle:

La particularité des paysages de neige, c'est qu'il faut commencer très clair pour pouvoir étager des reflets et des ombres sans verser dans des obscurs non désirés. Je ne suis pas mécontent de ce résultat. Je suis dans ce que je voulais: du relief et de la transparence avec un bijou lumineux posé comme un cadeau.

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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