Carnet de voyage


 

Naissance d'une rivière.

A l'extrémité d'un vallon, juste sous les sommets, la fonte des neiges s'est amorcée libérant des eaux encore incertaines qui tentent de se concentrer dans certains replis pour prendre force et courage puis, former plus tard, peut-être, une rivière, un fleuve, qui traversera, qui sait? Un bout de l'Europe. Cela commence toujours ainsi, très modestement entre quelques cailloux et quelques petites plages de sable gris, alors que l'hiver cède la place à un soleil plus chaud, chargé d'espérance.

Là, comme dans un cocon, comme dans un ventre, au milieu d'une bassine ou l'eau et le courant a fait fondre la neige, une roche de granite presque blanc en forme de foetus semble endormi au milieu des galets et du sable, en attente d'une expulsion prochaine, lorsque les flots se feront plus torrentueux. Instant miraculeux d'une nature en éveil qui livre avec poésie l'image symbolique d'un début de vie. Dans quelques jours, le charme sera rompu, on ne reconnaitra plus rien de ce paysage, de cette atmosphère, le rocher aura continué son voyage plus loin vers la vallée, il disparaitra peut-être pour des dizaines de milliers d'années. C'est ça la montagne: un mouvement éphémère minuscule devant une grande immobilité ou le miracle poétique d'un instant affronte l'immensité écrasante des éléments et les millions d'années. Ce n'est pas étonnant que le montagnard soit si particulier, il est pétri de ces conflits, de ces ruptures, de cette énormité qui le rendent si petit et si vulnérable. Mais que serait la montagne s'il n'y avait l'homme pour la craindre et l'aimer?

 

 
Retour

Aquarelle du Valais: Naissance d'un torrent


 

L'aquarelle

Je voulais montrer l'effondrement de cette neige au printemps avant la grande débâcle, ce rocher apparaît comme un bijou, mais on reste un peu perdu devant un paysage qui n'en est pas un.

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
Création site internet, www.melian.org