Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
  Rue des lavandières
Au milieu historique du village sauvé des flammes, cette petite ruelle présente une belle enfilade de raccards dont un abritait le lavoir communal ou les dames du village venaient jadis battre les lourds draps bien épais du trousseau familial, un peu jaunis par le temps. Ça fait longtemps que cet endroit s'est tût, plus de rires éclatants qui résonnaient dans le village, plus de plaisanteries sur les hommes, plus de gamins à courir autour du lavoir en se faisant asperger par les mères agitées par les discours des plus audacieuses, plus de chahut autour des « moyches ». Que d'histoires ces bois pourraient-ils raconter ? Combien de rendez-vous secrets, ces dessous de raccard ont ils protégé de leur ombre ? Combien de paroles compromettantes ont-elles été couvertes par le bruit de l'eau descendant du bisse, ruisselant, rebondissant, sur les lourdes planches de bois jusqu'au lavoir ? Combien de disputes se sont réparées ici, combien de solidarités héroïques se sont scellées au milieu de l'effort, de la peine des lourdes tâches ou l'eau reflétait parfois l'image de la douleur comme de la joie de ces visages penchés, sans cesse troublée par l'immersion répétée de la pièce de tissu chargée de savon. De temps à autre, l'une d'entre elles se redressait de sa planche à laver ou elle était arcboutée, se cambrant alors dans sa plus belle féminité pour se frotter d'une main le rein qui lui faisait mal, alors que de l'autre, d'un geste d'une immense douceur sensuelle, elle étirait avec délicatesse derrière l'oreille, la mèche de cheveux rebelle qui , alourdie par la transpiration, avait collé sur son front et sa joue, soulignant de ce trait sombre, les pommettes saillantes rosées et bronzées à la fois, autant que le regard brillant et profond de toute belle valaisane.  Aujourd'hui, il nous reste la rêverie et l'imagination pour mieux nous souvenir.
 

 
Retour

Aquarelle du Valais: St Luc en Juillet


 
L'aquarelle: je l'ai voulue gaie lumineuse, estivale ou s'opposent la lumière et l'ombre.
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
Création site internet, www.melian.org