Bernard Clavel


Retour
   
Bernard Clavel



Juste un petit mot pour  dire ma tristesse.  Bernard Clavel est mort ce cinq octobre 2010 , C'est une grande perte pour la littérature française et pour  nous  Franc comtois.
Je ne ferai pas ici une biographie mais seulement la transmission de quelques sensations que me laisse sa disparition.  
J'ai autant aimé l'homme que sa littérature . C'est un gars d'ici, né à Lons , comtois, il était de ceux que je connais tant, taillés comme des bûcherons, en chemises à carreaux la manche remontée et le col ouvert, les mains comme des truelles le regard pointu, la langue bien pendue la liberté en cocarde, et derrière cette puissance de chêne bien enraciné, il y avait une âme pure, rebelle, vraie, franche,  qui dictait sa loi sans faux semblant, de l'humain  au sens propre, dévoué aux grands combats pour les valeurs humaines.
A quinze ans déjà, lorsque j'étais à Dôle , je m'arrêtais souvent devant la maison ou il a fait son apprentissage en boulangerie qui me rappelait  que Cet homme qui n'avait  que le certificat, sans complexe, s'était lancé dans la vie qu'il voulait et plus dur encore, dans une littérature populaire et de qualité. Il était déjà pour nous, les jeunes lycéens, un modèle.
Dans ces livres liés à la  Franche Comté, pour ne parler que de ceux là parce qu'ils me sont plus proches, même si cela transparait dans tous ses ouvrages, Il a compris notre pays et les gens qui l'habitent, il en a parlé avec son coeur et sa passion, il a saisi ces instants fugitifs qui révèlent l'âme d'ici en Comté. Ses personnages sont aussi  universels, ils traversent le temps, sortent de leur cadre pour révéler une vraie modernité  et la nature comtoise. Ses paysages, ses atmosphères, sont ceux qui  fabriquent notre trempe et notre originalité de comtois et donc la sienne.
Quel bel ambassadeur  nous avons  eu là dans tous ces pays ou il a vécu, ou il a été si apprécié.
Pas une semaine de ma vie se passe sans que j'aie une pensée pour lui. Ses descriptions sont de toutes mes balades du Risou, à Salin ou à la Vieille loye. Dans ce même site internet  je lui dédie une page photographique dans la rubrique : ESSAIS : La lumière du lac.  A chaque fois que je passe au bord du lac Léman, je m'arrête pour faire   un cliché   en témoignage de ma reconnaissance pour toutes ces images qu'il a imprimé dans ma tête et qui font partie de mon identité. C'est un Courbet avec un stylo plume, c'est un Victor Hugo de la terre, mais avant tout c'est un Clavel, unique dans sa fraîcheur de ses ressentis et ses émotions. Il sait passer de la fresque à l'intimité des sentiments les plus fins. Il connait la terre , le métier et l'homme. Après les grands succès qu'il a justement eu de son vivant, il rentrera dans la postérité et dans notre culture littéraire.  Ses livres m' habitent   encore, des années après les avoir lus .

Combien de temps nous faudra t il  pour que la comté voit sortir un  autre de ses fils pour la chanter et lui rendre ce qu'elle nous donne à tous si généreusement de si particulier.

Mon cousin Jean Louis Grosmaire écrivain canadien m'a confié:

"Bernard Clavel était un homme entier, un vrai Comtois, un exemple exceptionnel d'écriture. La Franche-Comté vient de perdre un grand homme. Les gens mesureront plus tard l'extraordinaire apport de ce travailleur acharné, de cet écrivain passionné, de cet homme de tous les combats, un humaniste, un être humain entier, toujours en lutte contre les stupidités, les mesquineries, et un défenseur obstiné de la langue française qui le passionnait. Aucun autre n'a su aussi si bien chanter le terroir, les petites gens, leurs passions et leurs problèmes, leurs destinées, leur histoire et surtout leurs terres. Cet homme avait la glèbe attachée aux souliers. Ses sabots, il les a traînés sur tous les continents et il nous est revenu avec des contes fabuleux. Ici, au Canada et en particulier au Québec, il a laissé une marque grandiose.
Tout écrivain aurait aimé écrire des livres aussi lumineux que les siens....Cet homme aura forgé notre appartenance, à la fois la terre comtoise et au monde, en partageant ses coups de cœur, ses inquiétudes, ses rébellions, pour une terre plus humaine, solidaire, fraternelle, respectueuse de la faune et la flore.
 
Heureusement, il nous reste mon ami André Besson, un homme d'une amabilité et d'une culture d'une belle richesse. Cet homme est un gentilhomme et il est pour moi un guide dans ce labyrinthe du monde de l'écriture."

André Bresson  écrit:
http://www.voixdujura.fr/modules/Articles/fiche.asp?idModele=7394

"Disparition
Il y a de jours marqués par le sceau du malheur. Pour moi ce fut le cas du mardi 5 octobre dernier. J’ai appris dès le matin le décès tragique à Lons-le-Saunier d’un vieil ami, l’abbé Marie-Bernard Dubois. Je m’intéressais à lui depuis de nombreuses années et connaissais le drame douloureux qui avait marqué sa vie. Fils de M. Georges Dubois, patriote gaulliste, membre d’un important réseau clandestin, arrêté par les Allemands en 1944, déporté puis mort en 1945 au camp de Neuengamme, Marie-Bernard Dubois avait eu aussi un oncle résistant, l’abbé Paul Romanet, frère de sa mère, passeur de gens traqués par la Gestapo, hébergeur
de familles juives dans son presbytère. Ce prêtre courageux avait connu la torture mais échappé heureusement au sort funeste de son beau-frère. Toute sa vie, mon ami le père Marie-Bernard Dubois a souffert de ce drame familial et ne l’a supporté que par la prière. Ceux qui n’ont pas vécu cette terrible époque ont du mal à imaginer que soixante-cinq ans après la fin du conflit, des milliers de Français pâtissent encore des séquelles de la guerre 39-45. J’espère que ce vieux prêtre malheureux a enfin trouvé dans l’autre monde la paix de l’âme qui lui a tant fait défaut sur la terre.
Bernard clavel
L’après-midi de ce même jour néfaste j’ai été informé du décès de Bernard Clavel, un autre de mes amis très chers. Avec lui disparaissent d’innombrables souvenirs d’une carrière commune commencée au début des années 1950. Des visages s’effacent, notamment celui d’un homme inconu du grand public qui a marqué la destinée de trois écrivains francs-comtois. D’abord celle de Marcel Aymé, celle de Bernard et la mienne. Il s’agit de Marius Jeanguillaume, personnage pittoresque sorti du XIXe siècle, réparateur de vélos, coiffeur, barbier, qui, comme beaucoup d’autodidactes de cette époque, possédait une culture encyclopédique. Le futur auteur de “La Vouivre” l’a fréquenté durant les années où il vivait à Dole chez sa tante Léa. L’artisan lui a prêté beaucoup de livres. Ayant des liens de parenté avec Clavel celui-ci a passé chez lui ses jours de congés quand il était apprenti pâtissier. Si Bernard est devenu écrivain par la suite, c’est parce que Marius lui avait fait lire les romans du terroir de Marcel. Quant à moi, tout adolescent, j’ai été subjugué par l’érudition de M. Jeanguillaume que je voyais souvent parce qu’il était marié avec Charlotte Meunier, une fille de mon quartier natal du Poiset. J’ajoute que ce personnage haut en couleurs était aussi l’oncle du jeune Alain Brune qui fût plus tard maire, conseiller général de Conliège et député socialiste du Jura. Je suis à présent le seul survivant de cette équipe à pouvoir évoquer ces souvenirs et ces ombres du temps passé.
Solitude
Le père Marie-Bernard Dubois et Bernard Clavel ont fini leurs jours dans la solitude, comme beaucoup de personnes malades et âgées. C’est une des tares de notre société. Je me demande depuis longtemps pourquoi tant de jeunes dévoués ne songent qu’à partir dans le tiers-monde pour soulager de lointaines misères alors qu’ils pourraient, quelques heures par semaine, rendre aussi visite aux anciens ? Nous allons entrer prochainement dans l’ère de la TNT. Beaucoup de vieux, dont c’est la seule distraction, vont être privés de télévision du jour au lendemain. Pourquoi ces jeunes qui manient l’électronique avec dextérité ne viendraient-ils pas à leur aide ? Ne serait-ce que pour les aider à remplir un dossier d’aide financière ?"

 
21/10/2010 André Besson

Un autre article

« Un homme droit, exclusif, entier »
Monique Roy-Gaubert, épouse du peintre dolois avec lequel Bernard Clavel entretint pendant 60 ans une solide amitié, témoigne.
Dans les années 60, quand il venait à Dole, Bernard Clavel descendait à l’hôtel de la Pomme d’Or, que tenait son ami Roland Gaubert. Celle qui devait devenir son épouse, Monique, se souvient d’avoir ainsi fait connaissance avec « un homme sympathique, chaleureux, ne se prenant pas du tout au sérieux ». On le disait austère. « Au contraire, il parlait volontiers de lui », assure-t-elle.
Monique Roy-Gaubert rappelle les circonstances de la rencontre entre l’écrivain et le peintre : « Comme ces toiles avaient pas mal de succès, mon époux s’installait souvent place aux Fleurs pour peindre la collégiale. Quand il entendait alors un vélo arriver, il savait que c’était celui de Bernard Clavel qui faisait ses livraisons. Roland avait 23 ans, Bernard en avait 14. Ils discutaient amicalement ».
Quelques personnes, à Dole, possèdent encore des toiles signées par le jeune apprenti pâtissier. « Ce serait amusant de les réunir pour une exposition », suggère Monique Roy-Gaubert. Elle décrit « une peinture un peu romantique, avec des bois, des ciels d’orage… ». Les sujets choisis annoncent les thèmes qu’il développera dans son œuvre romanesque. Avec, ajoute-t-il, davantage de bonheur. Car, explique-t-elle, Clavel était en matière de peinture resté un amateur aux goûts très classiques. « Même parmi les œuvres de mon mari, dès que ça dépassait le stade figuratif, on sentait bien qu’il avait du mal. Il n’aimait pas du tout Picasso. Il nous est arrivé de nous disputer vivement à ce propos. Souvent, pour me taquiner, il revenait sur ce sujet ».

Portrait
Pour Monique Roy-Gaubert, cela est révélateur du caractère de l’écrivain : « C’était un grand bonhomme. Il s’était fait tout seul, et disait souvent : si mes parents me voient, ils doivent être fiers de moi. Il pouvait être très généreux et, quand il croyait en quelque chose, c’était toujours à fond. Mais, comme c’est souvent le cas de tels personnages, il considérait qu’il était forcément dans le vrai. Quand on le contredisait, il pouvait réagir de façon très brutale ».
Monique Roy-Gaubert conserve un calque, à l’encre, que son mari avait réalisé alors qu’il préparait un portrait de son ami. « Il avait, dit-elle, su capter ce regard si particulier, avec ces yeux qui vous dardent ». Un tableau, assure-t-elle, à l’image de l’homme « droit, exclusif, entier » à qui les Jurassiens et le monde des lettres ont, la semaine dernière, rendu un ultime hommage.

21/10/2010 Benoît Ingeleare
http://www.voixdujura.fr/modules/Articles/fiche.asp?idModele=7420

http://www.voixdujura.fr/modules/Articles/liste.asp?categorie=438

   
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
Création site internet, www.melian.org