Carnet de voyage


  L'atelier à Sauvagnay

Par moment, au gré des balades le promeneur peut  en venir à se prendre pour un ethnologue. Beaucoup de nos villages cachent des trésors de l’histoire des vies qui s’y sont déroulées comme de larges livres aux enluminures usées par le temps. Parfois celui-ci s’est arrêté ou persiste par endroit des  usages, des manières de faire que l’on croit  depuis longtemps disparues.  Dans ce village de Sauvagney  au bord d’une rivière appelée Ognon, à l’écart de tout, les villageois semblent vaquer à leurs sages occupations comme si le monde s’arrêtait là bas au bout de la rue. Tout proche du lavoir ou les femmes d’un autre siècle brossaient jadis avec vigueur le drap lourd et épais du lit conjugal, une large fenêtre dans un mur d’une bâtisse, s’ouvre sur la place. L’atelier : cet antre ou se sont empilés avec le temps  toutes les choses devenues inutiles mais qui là, renaissent dans l’esthétique d’un désordre magique. Serrurier ? Apiculteur? Cordonnier? Bricoleur de géni ? Alchimiste ? Le propriétaire,  au pantalon de toile bleu et à la chemise à carreaux, nous laisse un héritage  mystérieux, un exemple de l’art instantané.
J’ai hérité moi-même d’un endroit comme celui-ci, même horloge arrêtée, même calendrier des années soixante, même poussière,même amoncellements de boites oubliées, je l’habite avec respect  en pensant à celui qui me l’a confié. Je l’utilise, j’y mets ma touche personnelle, mais l’âme est sauve. Son ancien propriétaire, mort depuis longtemps m'accompagne toujours dans mes travaux. Tant pi si  les  visiteurs  s’étonnent de tant d’irrationnel, de tant d’amoncellements de bouts de rien au milieu de chefs d’œuvres tout aussi abandonnés et ne voient pas toujours que c'est un endroit de grâce. Comme je l'ai eu, je le transmettrai un peu plus rempli  sûrement ..   
 
 


 

 
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Franche Comté: Atelier à Sauvagney


 
En faire une aquarelle, rendre l’étalage de tant de boites en pleine lumière devant cet ombre indéfinissable qui s’enfonce  dans le temps. Comment peindre et rendre l’ambiance de cet atelier ? J’ai voulu contraster entre des choses très matérielles et un voile de mystère ou se perdent dans l’obscurité, la façade de la maison d’en face et le mur invisible du fond de la pièce qui devient ciel. J’ai rencontré quelques difficultés dans le rendu de ce fond mais en fin de compte j’en suis assez satisfait. La vitre se sent dans une transparence à peine voilée. Les quelques couleurs paraissent bien usées. J’aurais pu accentuer les fondus en travaillant avec un papier plus humide en jouant peut-être d’avantage sur les transparences. Je la referai peut-être une autre fois.  
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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