Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
 
 
 
   
 

C'est le cahot, des roches énormes, détachées de la falaise et se sont effondrées en contre bas. Nous sommes dans la vallée de l'aigue brun, à Buoux en Luberon, au lieu dit les Seguins. Nous venons là tous les ans depuis les années 70. Cet endroit autrefois abandonné, fut reconquit en 36 pour en faire un endroit de villégiature. C'est à partir des années 80 qu'il devint célèbre à cause d'un homme, Patrick Edlinger, qui depuis plusieurs années déjà, venait s'entrainer là dans son ascèse de la grimpe à mains nues. Le propriétaire des Seguins nous laissait l'un comme l'autre nous installer sur son terrain avec nos combi, combien de fois avons nous rencontré ce beau blond au front barré d'un foulard de couleur. Il ne grimpera plus le long de ces falaises, il est mort le 16 Novembre 2012 et je lui dédie cette aquarelle.

Cet endroit des roches de Buoux resteront à jamais collées à lui. Tous ces grimpeurs d'aujourd'hui qui se déplacent après Buoux, sur les autres a pics du monde entier, ne font que mettre leurs doigts et leurs pieds là ou il mit les siens. Il lui doivent tout. Je n'ai jamais été un grimpeur, mais avec Brigitte, nous avons été passionné par ce garçon presque fragile qui semblait ne jamais peiner sous l'effort, qui transformait l'escalade en une danse, en un balai esthétique, grandiose et léger, une sorte de yoga ou de taïchi, lent et ferme à la fois d'où émanait une grande sérénité. Il faisait corps avec l'élément minéral avec lequel il se confondait. Plus qu'un sport, il pratiquait une philosophie, une ascèse, un mode de vie, même si plus tard, il fut un peu corrompu par le succès. Il y eut un temps ou il était avec son double aussi brun qu'il était blond, Patrick Berhault son frère de passion. Il était dans l'admiration et le respect des éléments. Il était dans la culture de son mental et dans l'apprentissage de son propre corps qui sans cesse se modelait aux exigences de la grimpe pour être plus que parfait. Après une chute, comme beaucoup de héros il eut sa descente aux enfers, vaincre l'alcool était son dernier défi et sa plus dure ascension. Il n'eut pas le temps d'atteindre le sommet. Il ne reste ici à Buoux que ses enfants qui grimpent dans ces pas, mais aussi, pour ceux qui l'ont connu, une sorte de souffle plane à jamais nous entrainant tellement loin qui au delà du souvenir des deux Patrick, qui sont à nouveau ensemble, nous inonde de cette liberté qu'ils ont eu. Merci l'artiste, tu es ici chez toi.

 

 
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Hommage à Patrick Edlinger


 

L'aquarelle


Bien difficile ce cahot de pierres ou tous les tons sont semblables ou il était périlleux de vouloir structurer une profondeur tout en gardant cette mise en scène. J'ai longuement hésité à retailler ma feuille pour lui donner encore plus d'effet vertical. A un moment, je ne sais pas pourquoi, il m'est apparu comme évident que cette aquarelle ne pouvait qu'être dédiée à Patrick Edlinger dont la disparition m'a fait mal, et qu'elle se suffisait à elle même, qu’elle se justifiait telle quelle.

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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