La désalpe de Roua 2011


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La désalpe de Roua 2011



La désalpe de  Roua à St Luc

Après un été passé dans les alpages, après avoir bien profité dans les hauteurs de ce cette herbe si spéciale, si riches en fleurs variées, les vaches d'Herens, comme si elles avaient depuis des jours deviné que la saison s'achevait, encore plus charnues, plus puissantes, plus belles, semblaient se préparer à redescendre vers les moyens plateaux avant d'affronter l'hiver. Ce matin là, à l'alpage, bien des éleveurs  se sont déjà donné rendez vous. La veille déjà , les fromages  stockés sur les étagères de la cave de Roua avaient été partagés entre les propriétaires. Après la dernière  traite, dans l'effervescence de la fête déjà commencée, les plus belles bêtes sont harnachées d'un décor floral triomphant sur leur tête entre les cornes. Elles portent leur beau  collier  de cuir ouvragé auquel pend la lourde cloche traditionnelle. Après un énergique bouchonnage, leur pelage brille  de ce noir intense, éclatant. A la mi  matinée, le troupeau s'ébranle et quitte l'alpage pour rejoindre par les sentiers, le village de St Luc. En bas, les villageois s'activent aussi, les enfants courent dans les rues, les attroupements se forment et ça discute partout tout en  tendant  par instant l'oreille pour entendre la progression du  troupeau qui se reflète en écho sur le versant d'en face. Les tintements de cloches se rapprochent, la première vache apparaît au coin de la rue retenue par un puissant gaillard qui sait se faire obéir, non pas sans effort,  par le fougueux animal. Les autres bêtes, un peu folles, suivent de près. Les flaches des appareils photos crépitent  dans tous les sens, l'allée d'honneur formée par la foule des spectateurs trace le chemin jusqu'au grand parking ou les bêtes seront attachées. Le troupeau est alors rassemblé,
chacun se félicite  de la fête, la percée du tonneau de vin blanc rassemble tout le monde dans une joie festive. Même sous la pluie, les conversations vont bon train, les retrouvailles des uns et des autres animent l'endroit d'une ambiance chaleureuse et gaie, alors qu'une savoureuse odeur de grillades se répand dans l'atmosphère, activée par la ferveur de Rui et de Jonathan, connus  et appréciés de tous pour être de tous les bons coups, lesquels se sont mis au fourneau et s'activent comme des chefs. Les bouteilles circulent  et remplissent les verres. Les plateaux de viandes, de saucisses  et de salades de pommes de terre sont prises d'assaut. Au comptoir  de l'alpage, les villageois se pressent pour acquérir un morceau de ces précieux fromages de tomme  et de sérac au goût de lait  puissant et fleuri. Si la pluie persiste encore, elle n'arrive pas à calmer l'ardeur des convives qui se croisent entre  des tables  et le comptoir  dans l'allégresse. Est ce la musique? le folklore? Qui les rendent si joyeux ? Est ce simplement le plaisir d'être ensemble entre gens qui s'apprécient, mariés aux traditions vivantes d'un pays qui respire encore chaleureusement de choses simples  et vraies. Ils témoignent avec ardeur des valeurs persistantes, oubliées ailleurs, qui mettent du sens au chemin de la vie et qui honorent ces ancêtres, lesquels il y a bien longtemps ont forgé la culture de ce pays des alpages dans la solitude des montagnes en inventant des fromages devenus mythiques,  pour conserver ce lait si précieux.
Il est temps pour nous de faire notre propre désalpe et de quitter à regret tous ces gens que nous apprécions tant pour rejoindre la plaine de notre  Franche comté, la tête pleine d'images et le coeur rempli d'émotions.

     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
   
 

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