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L’atelier

08/11/2006

Pour le peintre l’atelier peut prendre plus ou moins d’importance suivant le type de peinture qu’il produit, suivant l’époque à laquelle il vit, suivant sa façon d’intégrer son environnement. D’abord un peu d’histoire. La première définition lexicale remonte au XIV siècle comme étant le lieu où se retrouvent les éclats de bois du charpentier, c'est-à-dire l’endroit ou il a travaillé.  Depuis le début de l’humanité l’homme s’est réservé des endroits pour le travail. En archéologie, on retrouve des sites de fabrication de silex, de sculpture, de poterie. L’atelier est d’abord considéré comme l’espace  privilégié de la transformation de la matière, c’est aussi un lieu social d’échange et un lieu de culture. Très tôt l’atelier est associé à l’art et dès le moyen âge à la peinture. C’est alors le lieu d’un artisanat où se produisent des œuvres commandées par l’église, à la gloire de dieu. Il faut attendre la Renaissance pour que l’artisan prenne quelques lettres de noblesse et devienne artiste, pour que le Maître s’affirme par la pensée et l’originalité. L’atelier devient peu à peu la manufacture, lieu de groupe, ou l’académie, lieu d’apprentissage, école de style. Un peu dans le même sens les  Franc Maçons appellent Atelier l’identité collective, le groupe.  Le XIX ramène l’atelier à la personne du peintre. Du chantier avec coloristes, dessinateurs, l’atelier devient l’antre du peintre. Il y peint il y reçoit, il y expose ses œuvres. Il peint son atelier (Courbet, Ingres, Delacroix..)   L’atelier explose sort de ses murs. Il devient la nature toute entière, là ou le peintre pose son chevalet. L’école de Barbizon, les bohèmes se contentent d’une chambre de pension. Le peintre voyage : Vang-Gogh, Gauguin. Au XXem  L’atelier c’est le peintre lui-même, Lieu très personnel tantôt immense, tantôt intimiste ou secret, lieu d’exposition ou laboratoire d’alchimie. Il peut être délocalisé dans plusieurs endroits Picasso, Cézanne.

On dit aussi que l’atelier est à la hauteur du peintre.

Si c’est le cas, j’ai encore bien du chemin à parcourir.

Pour moi aquarelliste qu’est ce que l’atelier ? Le peintre professionnel a son atelier comme d’autres ont leur cabinet ou leur usine. Moi, petit peintre aquarelliste je n’ai pas besoin de beaucoup de place. Un coin de table suffirait, les formats ne dépassent pas 50/70 centimètres. Je pourrais dédier une pièce à la peinture où je m’enfermerais pour travailler, mais rentrer chez moi après une journée de travail, ce n’est pas pour m’isoler mais être au milieu de ma famille. La peinture est  pour moi une respiration, elle ne s’enferme pas. Chez moi, elle est partout sur les murs, dans les livres posés un peu partout, dans le paysage à travers les grandes baies qui donnent sur l’extérieur. Bien sûr j’ai un espace réservé à la peinture : une table bien éclairée en plein milieu de l’espace de vie de ma famille. Quelle table? une table de découpe de boucher du XIX avec un plateau de hêtre de huit centimètres. Si j’ai besoin de m’isoler, c’est dans la tête que cela se passe. Ainsi je peux peindre pendant cinq heures comme cinq minutes. Je peux m’asseoir dans n’importe quel endroit de la maison, j’ai toujours à portée de mains un livre de peinture, une revue ou d’autres bouquins. L’atelier pour moi commence dès

que j’ouvre les yeux le matin, c’est ma famille, c’est le parcours en auto pour aller travailler, c’est mes grandes ballades, c’est la Provence, mais c’est mon ordinateur, mon appareil photo, les étagères de livres, les statuettes et tous les objets qui captent mon regard et qui me sont familiers.  C’est mon désordre, ma solitude tourmentée, ma concentration, ce sont mes pages de mots, c’est le charme, la beauté, la couleur en toute chose, c’est ce travail de peinture ou je peine tant. Mon atelier est autant virtuel que réel, il est le lieu de mon imaginaire quand je ne peux pas être devant ma table. Devant la feuille,  il est vite au-delà des murs dans l’imagination qui mène mon bras dans la création d’une zone  ou je lutte. Je peux relever la tête sortir du plus profond, émerger parmi les miens, puis replonger encore plus loin par touches successives.  

 

24 /12/2006. Parfois il vaut mieux laisser dormir les choses. Depuis mon premier article sur l’atelier celui-ci m’obsède. Je me rends compte que je n’aurai jamais la capacité de remiser ma peinture dans un seul endroit  mais en même temps la notion d’atelier me remue et s’impose de plus en plus pour moi. Ai-je besoin d’un antre d’un sanctuaire, d’un tabernacle ? J’ai besoin d’un contact avec les miens mais j’ai aussi besoin de plus de solitude et de plus de distance, alors me faut il construire un lieu plus vaste plus spécifique plus universellement tourné vers la peinture ? Cette question d’atelier devient telle que je m’interroge sur ce qu’en pensent les autres peintres autour de moi. Je sens même le besoin d’aller plus loin : faire un livre sur l’atelier des peintres et les faire s’exprimer sur le sujet et y mêler mon grain de sel. Je vais donc travailler la question et voir un éditeur.  Ce dont je me rends compte c’est que pour moi, mon atelier c’est déjà comme je l’ai dit, ma maison et mon entourage, mais ceux-ci ne le voient pas tout à fait de cet œil. J’ai tendance à m’étendre à envahir, j’ai besoin que mes livres restent là ou je les ai posés, ouverts, empilés les uns sur les autres, les feuilles traînent, les crayons, les gommes, les tasses de tisane et je comprends que ça dérange. Alors puis je me résoudre à un peu de frustration ?c’était le cas jusqu'à maintenant, mais mon besoin de peindre me déborde maintenant d’avantage avec ses propres exigences. Qu’en adviendra t il ?

20 Octobre 2010

Je viens d'emménager dans mon nouvel atelier avec beaucoup d'angoisse et d'incertitude, ce nouvel endroit n'est pas encore habité, mais après quelques jours d'utilisation, je dois avouer que la lumière y est bonne , généreuse et régulière, un peu plus froide que de l'autre coté de la maison, ce qui m'oblige à me rôder dans une autre gestion des couleurs. Il se révèle un lieu de haute concentration , sans contact avec l'extérieur ou je me trouve seul avec ma peinture. Je n'en abandonne pas pour autant mon lieu habituel, que j'ai ré aménagé de façon autonome avec son matériel pour peindre, plus ouvert sur le monde , la vie dans la maison et sur la nature, le jardin. Je pourrai donc passer de l'un à l'autre à ma guise.

   
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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