Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
      
 

Les carpes Koï de la Citadelle


On pourrait croire que le poisson n'a pas une très grande place dans notre culture Franc-comtoise, détrompez-vous, si la mer est loin, le poisson de rivière fait partie de notre histoire traditionnelle, car il est au milieu de la vie quotidienne de nos aïeux. Mon arrière grand-père était pêcheur professionnel sur la Saône. Jusque dans les années 65, mon père avait un lot de pêche ou il tendait cordeaux et filets. Il ramenait des lessiveuses de poissons qu'il distribuait aux employés de la teinturerie. Nous avions plusieurs barques à différents endroits, lesquelles venaient toutes du fabricant mythique, Monsieur Barthelet de Malbuisson.

Si dans les pays du plateau, du coté du Dessoubre , du Doubs ou de la Loue, la truite avait établi son incontestable suprématie, ou le pêcheur à la mouche en était le héros, dans la plaine, le brochet et la carpe se partageaient le podium de la renommée, le pêcheur était aussi chasseur, il lui fallait de longs affuts pour piéger sa proie. En peignant la truite, Courbet ne s'était pas trompé, il voulait une image symbolique forte. La mort d'une bête mythique à laquelle il s'apparentait un peu ne pouvait pas mieux tomber. Il la montre épinglée à l'hameçon, rigide, ayant peine à se détacher d'un fond de sol inhospitalier.

Mes carpes Koï pourraient apparaître bien exotiques, à côté, voire déplacées dans ce contexte, mais elles me rappellent celles de la Saône lesquelles, si elles étaient plus sombres, dépassaient bien souvent ces dernières en taille. Aujourd'hui, les carpes Koï sont les reines du bassin de la Citadelle. Elles incarnent l'élégance, la sagesse universelle et un petit bout d'éternité, car elles peuvent vivre plus de cent ans. Les enfants se plaisent à les caresser et ce jeu semble les remplir d'une paix et d'une béatitude que les parents ont bien du mal à rompre. Initialement, elles viennent de Chine, mais c'est le Japon qui en est devenu le plus gros éleveur, qui les exporte dans le monde entier. Les plus belles, les plus rares, atteignent des prix astronomiques, mais qu'importe leur prix, ici c'est leurs couleurs et leur nonchalance imperturbable, qui nous enchante.

 

 
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Les carpes Koï de la citadelle


 

Pour cette aquarelle , je me suis placé à l'inverse de Courbet, il a fait un épitaphe, il a peint la mort du monstre, j'ai voulu faire l'inverse, peindre la bête évoluant dans son élément liquide, plein de couleurs et de gaieté. J'ai eu du mal a faire le fond pour lui donner de la transparence et de la profondeur. J'aime bien.

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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