Ma peinture


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Ma peinture



Ma peinture

Peindre : comment arrive t on un jour à prendre un pinceau? Pour moi les choses ont commencé très jeune ou ma sensibilité et mon attention se sont affinées. Mon père prêtait sa vitrine à des peintres qui exposaient ainsi leurs œuvres. Je les voyais venir accrocher leurs toiles  et j'étais quelque peu attiré par eux. Nous allions en vacance à Tours, nous habitions dans ces moments rue de la sellerie, la rue des antiquaires, lesquels exposaient toujours un grand nombre de toiles que je ne me lassais pas de regarder. J'habitais Gray et pendant des années, j'ai fréquenté très régulièrement le musée du Baron Martin, lequel renferme de très belles  collections qui m'ont éduqué le regard. Mon professeur de dessin du collège, Mr Bourgogne, lequel peignait et exposait régulièrement, m'a appris les bases de la perspective et du dessin, m'a profondément marqué. Je garde  précieusement un de ses tableaux. Aussi, mes parents  m'emmenaient régulièrement dans les musées.  On peut donc sans prétention dire  que j'ai eu un apprentissage du voir et du regarder qui m'amena naturellement  à faire plus tard de la photographie  et de la peinture à l'huile . A cette époque deux livres  de Jacques Pérry: « La vie d'un paien » et « La liberté en croupe » m'éduquèrent le mental.  Emporté par l'adolescence, j'abandonnai la peinture  mais je poursuivis toujours la photo. Dans les années 80, je repris la peinture par hasard en plongeant un pinceau dans les godets d'aquarelle que Brigitte avait reçu en cadeau .
Sans prétention artistique,  la peinture prit pendant des années une place de phénomène relaxant par rapport à mon activité professionnelle, sorte de moment  introspectif de concentration et de lâché prise réparateur. Je ne pensais alors pas à la peinture mais uniquement au fait de peindre Cette expérience de peindre ne manqua pas de me faire évoluer dans un parcours personnel mais aussi artistique. Peindre  était alors un yoga, une concentration, une prise de terre et d'énergie alors qu'en même temps j'apprenais en autodidacte les techniques. Peu à peu, une sorte de personnalité de peintre s'est fabriqué malgré moi  et a pris  du sens. C'était un voyage solitaire et intérieur. Je montrais peu ce que je faisais. Les peintures finies restaient un temps autour de moi, puis rejoignaient les cartons à dessin . Pendant longtemps j'ai été frustré par mon manque de technique et par l'insatisfaction du résultat. Aujourd'hui je me sens plus tranquille de ce coté là. Non pas que je sois satisfait ou meilleur, mais plus au clair dans ma démarche : C'est  l'acte de peindre   qui m'intéresse le plus.  La fièvre, l'émotion, la tension de ces moments qui me fascinent et me donnent une réelle jouissance. C'est le geste, l'eau qui se répand, la couleur qui se fixe. C'est le pinceau qui gratte, qui glisse  sur le papier, le pinceau dont je susse les poils pour en parfaire la pointe . C'est le temps qui s'efface  ou plus rien n'existe, le temps de rêverie, le regard perdu au plus profond de mon carré de papier, c'est encore la course  contre son assèchement trop rapide, ou  de longues attentes, les hésitations d'aller plus loin ou de m'arrêter. C'est l'orgasme d'un moment ultime de symbiose entre la tête, le geste, les couleurs sur le papier et quelque chose de magique d'indéfinissable, une sorte d'état de grâce ou l'on flirte avec la magie. C'est aussi la souffrance des moments sombres de doute, d'inquiétude, de fracture ou tout semble se rompre. Ce sont encore plus tranquillement,  les recherches bibliographiques pour m'inspirer, rentrer dans mes sujets et dans l'acte de peindre. Plus je peins et plus j'ai envie de peindre et plus la magie s'opère et m'emporte comme une drogue emporte son toxicomane. C'est une sorte de passion dévorante ou depuis près de trente ans il n'y a eu   que du plaisir. Il m'aura fallu trente années  pour arriver à
une certaine maturité qui fait de l'apprenti que j'ai été longtemps , l' artisan  peintre, appliqué et  travailleur que je me sens être aujourd'hui passant plusieurs heures sur sa peinture chaque jour, capable parfois de belles réussites, arriverai je un jour à être un vrai peintre au sens artistique du terme?  Il est à coup sûr trop tard pour moi, , c'est bien comme ça , car je suis dégagé de toute ambition, alors  c'est le présent qui compte.
Peut-être faudrait il que j'atteigne la sagesse de ces  moines tibétains    qui détruisent leurs créations de sable.  Je n'ai pas le courage  de bruler mes œuvres un fois quelles sont arrivées à leur terme. Peut-être le devrais je? Mais j' ai besoin d'elles.
Je suis un peintre figuratif bien que dans le travail de peindre, je suis parfois tellement loin du résultat de l'ensemble, que le petit bout sur lequel je suis un temps concentré, est très proche de la peinture abstraite. Je suis dans une recherche d'harmonie et d 'équilibre qui m'amène aujourd'hui à prendre des libertés par rapport à la réalité objective des choses. Je compose plus que je copie. Je rajoute des choses, je change des couleurs, je provoque  des contrastes des densités qui satisfont mon envie.  Je suis un peu aussi un paysagiste dans le fait que c'est la nature et les paysages qui m'inspirent. C'est logique puisque la peinture me servais pendant ma période d'activité professionnelle à me changer de mon métier lequel lui était de m'occuper des hommes, de leurs tourments et de leurs accidents de vie.   J'ai besoin de cette matérialité, mais cette nature, je l'intériorise et je la transcris en fonction de mon sentiment, en fonction de mes émotions  dans une sorte d'appropriation d'un motif , d'un site, que je pénètre et que j'habite, qui m'envahit et m'obsède Alors je me mets à composer , a fabriquer une nouvelle réalité  sortant de moi, qui n'est pas le paysage réel. Certaines aquarelles m'échappent parce que je ne me retrouve pas dans le résultat, par contre certaines autres m'appartiennent complètement, lesquelles, tous les jours, sous mon regard, ne me lassent pas, bien au contraire m'attirent chaque jours d'avantage.
Je suis un photographe et un peintre . Ce sont deux démarches très différentes qui ne se croisent que de temps en temps ou l'une profite de l'autre mais qui sont bien séparées. Le photographe est voyageur, séduit par le spectacle et l'exotisme ou la nouveauté. Le peintre est sédentaire, intimiste il ne peint que ce qu'il connait bien, ce qui est en résonance profonde avec sa personnalité et son intimité. C'est pourquoi je me limite à quatre cinq  champs d'investigations : le Valais suisse, la Franche Comté, La Provence,  plus accessoirement, quelques coins d'Italie, quelques natures mortes. Ces trois régions je les ai dans les tripes, elles me comblent de bonheur. Je m'en nourri en permanence, chaque jour. Ce sont mes terres, je respire par elles, je leur suis fidèle, elles me remplissent de leur passé, de leur histoire et je les ai tellement intériorisées que je les considère comme autobiographiques. Ce sont ces trois terres qui m'équilibrent. Une me donne la verticalité, la folie, l'extase devant l'extraordinaire, le magique et le divin , la deuxième me communique la densité,  la force, l'authenticité et l'humanisme, la sagesse solide et paysanne , la troisième  me transmet la lumière , les couleurs, la légèreté, le rire et la douceur de vivre et l'amour.
La peinture est une porte ouverte sur un monde que j'ignore encore , maintenant que je retrouve une sorte de liberté, une sorte de virginité et que je n'ai plus à me protéger de mon activité professionnelle,  vais peindre des êtres humains? Je sens quelque part en moi quelque chose qui bouge et qui me pousse. Je me découvre des envies nouvelles, par exemple  montrer ce que je fais. Ou cela me mènera t il?

   
 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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