Marion Heybroek et Ulysse Plaud


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Marion Heybroek et Ulysse Plaud
 



Visite à l'atelier de  Marion Heybroek et d'Ulysse Plaud.

En Luberon, le bassin d'Apt est un endroit magique. Il y règne une atmosphère, une lumière, un ressenti des éléments de la nature qui font que cette terre a toujours été un repère d'artistes. Du plus amateur  et anonyme au plus consacré et professionnel, le luberon transfuse avec abondance son sang générateur de création. Si certains artistes cultivent le secret et l'isolement, d'autres offrent au grand public le fruit de leurs recherches, Marion et Ulysse ont colonisé leur village et l'ont imprégné de leur passion et de leur âme lui donnant une originalité et une personnalité, une ambiance   puissante et surréaliste. A Joucas il fait bon voir les enfants jouer au milieux des statues et des oeuvres vouées au vent ou à la lumière. Passée la surprise, nous nous laissons guider par ces personnages de bois et de pierre de métal débarqués  d'un autre monde  qui nous invitent à prendre les ruelles pentues du village. C'est comme ça qu'accueillis par un grand personnage de bois noueux, penché au dessus  de la porte, nous entrons dans l'antichambre du domaine magique des créateurs. Il faut bien cet espace intermédiaire qui permet de se préparer à changer de monde. Une deuxième porte poussée et c'est le patio, sorte de cour intérieure habitées de mystérieux personnages et de têtes semblant entretenir indépendamment de nous des conversations que l'on l'entendraient pas. Ce monde immobile est fascinant, certains nous regardent, d'autres nous ignorent. Bien des visages témoignent d'une quiétude rassurante, d'autres, plus tourmentés nous tiennent à distance. Au centre, un grand personnage de bois et de pierre, les bras ouverts, semble en être l'orateur ou le chef d'orchestre dont la musique ou les mots ne seraient perceptible que par les initiés. A l'audace d'avoir pénétré le temple suit l'angoisse de déranger et d'être des  intrus dans ce monde magique d'une foule de personnages  parfois inachevés qui attendent non sans impatience un corps ou mettre leur tête, d'autres s'en sont fait une raison et regardent tout ça avec  philosophie, ils resteront des têtes ou se concentreront toute leur puissance expressive, leur appel, leur interpellation par un regard plus appuyé encore ou par une mimique plus révélatrice que le bruit des mots. Donnant sur le patio, le tabernacle des créateurs laisse entrevoir la matrice gestatrice de l'oeuvre. C'est dans cette petite pièce ou se mélangent les outils, les dessins, les matériaux bruts arbres; cailloux, des sculptures en naissance qu'Ulysse Plaud nous surveillait  et nous surprend en rompant le silence religieux dans lequel nous nous étions enfermé. D'abord intimidés d'avoir perturbé le recueillement et la concentration de l'artiste qui au fond de l'atelier ressemblait plus à un de ses personnages, sorte de Vulcain en train de forger quelque dieu mystérieux, qui prit des allures plus humaines en se rapprochant  de la lumière et en nous invitant avec gentillesse à converser. Depuis l'autre coté de la rue , comme avertie par télépathie, Marion Heybroek nous rejoignit  et commença alors un moment de magie que seuls les hommes sont capables de générer: une rencontre entre quatre êtres, nos hôtes,   Brigitte et moi. Moment simple, mêlant, reconnaissance, alliances, complicités qui firent de ce instant un grand moment   de bonheur. Sorte d'univers et de vie toute entière ramassés en  un échange ultime. Nous avons parlé de leurs voyages, de leurs sources d'inspiration, du Luberon, d'Ousmane Sow, des matériaux, de leurs sculptures  de leur travail complémentaire, de leurs voisins, de leur mal de dos, autant d'éléments encore qui n'ont de sens que pour les avoir partagés avec eux.
Sans connaître toute leur œuvre, ce qui en est visible a Joucas sans trahir leur intimité d'artistes a quatre mains, laisse entrevoir une sorte d'androgénie des personnages avec une structure charnelle et corporelle de bois révélant la puissance, la détermination du geste, le sens et la symbolique d'une attitude et comme ancré en cœur de cette structure animale et musclée, la tête et parfois la charpente vertébrale, révèlent une féminité, une douceur toute emprunte de sensibilité. Est ce leur façon d'exprimer la complexité de l'être?  On peut se demander aussi s'il n'y a pas là la signature plus personnelle de chacun des deux artistes? Si ce n'est pas le cas, seraient ils arrivés à la symbiose parfaite en étant capable d'être eux mêmes et l'autre à la fois?Ne dévoilons pas le secret.
Que dire de ce grand personnage intitulé « la parole » qui, assis, le bras tendu, vous invite à vous poser devant lui? Ou cette sorte de grand extra terrestre, plus humain que l'humain qui parle avec tout son corps , qui fascine par la majesté et élégance de sa prestance. Quel est ce regard de « la tête en obsidienne » qui vous perse comme un laser?Qui résisterait à ce grand sage, les bras ouverts qu'est « la pensée » ou à cet hercule renversé, appelé « vertige » Pour bien comprendre il faut se mettre en face d'eux  et rentrer dans leur jeu et là, c'est une aventure que je laisse à chacun le loisir de vivre. Je ne suis pas un critique d'art, je suis un simple visiteur émerveillé et admirateur.
Merci à ces deux artistes qui nous donnent une si belle leçon sur l'art, la création et l'union.
Vous pouvez les retrouver sur leur site :www.sculpture-heybroek-plaud.com 

     
 
 
 
     
          
   
 
 
   
      
   


 

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