Carnet de voyage


 

La pointe de Zinal.

Après avoir remonté le grand plateau en amont de zinal, il faut avoir passé le premier verrou glacière pour accéder à la haute vallée. Ici, le glacier disparu depuis peu, est encore présent par les griffures qu'il laissa dans le sol et sur les pentes, par les énormes blocs de rocher qu’il abandonna dans les fonds. Les moraines échouées là comme de grands bancs adossés au massif nous rappellent qu'il y a peu encore, des centaines de mètres d'épaisseur de glace comblaient cette échancrure, lui donnant une tout autre allure. Il faut remonter encore en direction de la pointe de zinal, sur le sentier qui mène à la cabane du Petit Mountet, pour, au détour d'un virage, nous retrouver en balcon au dessus de ce que fut hier encore, la longue langue glacière, aujourd'hui reculée de près d'un Kilomètre. On a l'impression que le glacier a fondu dans la nuit, aucune végétation ne vient adoucir ce paysage minéral ou l'on sent qu'il manque quelque chose. Il y a comme un déséquilibre, le creux est trop vif, trop profond, trop neuf, les moraines, encore trop instables, laissent échapper à tout instant des légions de cailloux. Il faut lever les yeux vers le fond de la vallée pour retrouver un peu d'assurance, la Dent Blanche est bien là avec son ombre, le grand Cornier, au fond la pointe de Zinal, telle une pyramide nous regarde avec arrogance, sûre d'elle, comme si ce maudit réchauffement climatique ne pourrait jamais l'atteindre, elle, la reine là haut. A ses pieds, les falaises de séracs du glacier ont pourtant pris une tonalité bleue qui ne laisse aucun doute sur leur transformation. Mais que deviendrons-nous ? Pauvres hommes orgueilleux, si ce fond de vallée devait prochainement devenir aussi stérile que son ancien lit à nos pieds ? Nous n'aurions plus qu'à mourir et ça ne tarderait pas, car sans eau l'homme n'a pas d'avenir. Nous n'aurions qu'à disparaître avec cette honte et cette damnation à tout jamais d'avoir en moins de deux cents ans massacré une planète merveilleuse et généreuse, de l'avoir trompée, violée et d'avoir précipité le temps de l'évolution qui devrait rester un droit exclusif de la nature, pour en faire quoi ? Pour servir quelles fins ? Puisque le résultat est notre anéantissement, mériterions-nous un autre destin ?

 

 
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Peinture du Valais: La pointe de Zinal


 

L'aquarelle:

La peinture de haute montagne est un exercice intéressant, on perd un peu nos repères habituels et il faut un peu d'imagination pour arriver à recréer une ambiance et une profondeur qui donne du sens à la peinture. L'autre difficulté c'est d'être dans autre chose qu'une carte postale. Il faut arriver à donner une sensation qui n'est pas dans l'image physique, mais dans la tête de celui qui regarde. Un paysage est-il puissant par nature? Ou est ce l'interprétation qu'on en fait qui lui attribue cette puissance? La carte postale dans son souci d'être universelle est souvent dénuée de caractère, elle passe partout mais ne veut plus dire grand chose. J'ai essayer d'aller au delà au risque de déplaire.

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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