Quelques jours d'hôpital


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Quelques jours d'hôpital



Quelques jours à l'hôpital.

La vie n'est pas comme on dit un long fleuve tranquille. Il peut nous arriver de fréquenter pour une raison ou une autre un centre hospitalier et il en reste toujours quelque chose. Je vous conterai donc mon histoire. Terrassé subitement par le blocage d'un calcul dans un rein, je me retrouve aux urgences pendant plus de dix heures avant que l'on me trouve une place dans un service. Voici à peu près comment les choses se sont passées . A mon arrivée l'on me mit sur un brancard, avec ma pochette d'entrée entre les jambes, le mal étant vite identifié, l'on me perfusa d'un médicament puis l'on me poussa dans un renfoncement qui ressemblait à un parking souterrain ou d'autres personnes et je compris pourquoi on les appelle patients, étaient déjà en stabulation, garés comme des voitures. En face, une grande vitrine laisse voir comme dans un aquarium un groupe de jeunes femmes et hommes agités, sérieux allant et venant en tous sens. L'attente commença. La douleur excessive me fit réclamer à plusieurs reprises une considération voire une aide . J'essayai mainte fois d'attirer l'attention de ces blouses blanches de l'aquarium, rien n'y fit. J'avais beau faire des gestes, interpeler du regard ces visages qui tournés vers moi semblaient ne pas me voir. Affairés à leurs préoccupations, leur regard passait sur moi comme si j'étais invisible. Leurs yeux pourtant me pénétraient mais ils me traversaient de part en part pour se perdre au delà du mur de béton derrière moi. Malgré la douleur, Je me sentis humilié, maltraité nié dans ma personne, même si enfin j'arrivai au cours de la journée à obtenir des soins. Une petite grand mère sénile au trois quart déshabillée ne cessait d'escalader les barrières de son lit au risque de se casser le cou tout en me montrant ses fesses. Plusieurs fois ses voisins de lit durent intervenir. Ce manège dura des heures entrecoupé d'une intervention d'une personne du service de temps à autre en courant, disparaissant aussitôt. L'on me sortit deux fois de ma place de garage pour une échographie et un scanner. Là je perdis ma place et me retrouvai dans le couloir balloté tantôt d'un coté, tantôt de l'autre de celui ci a gré des passages des autres

brancards. Bien plus tard enfin je bénéficiai du confort douillet et calme d'une chambre dans un service d'Urologie. Les jours qui suivirent ne manquèrent pas non plus d'agréments. Bien soigné, serte, avec des gens très gentils, mais réduit à un statut de malade et de patient qui m'a quelque peu interrogé . Etre couché sur un lit alors que les soignants debout bien sûr, viennent s'occuper de vous, vous met dans une position d'infériorité incontestable. C'est particulièrement flagrant quand, lors de la visite du médecin une bande de 5 à 6 personnes entrent dans votre chambre, vous fixent du regard, allongé sur votre lit et écoutent le patron donner les indications sur l'objet de l'étude, c'est à dire là, sur moi. C'est très bizarre, très inconfortable d'autant que l'on est dans cette position qui vous rend dépendant, soumis et sujet de la conversation, pas interlocuteur ni acteur des événements, objet seulement.

En conclusion que dire de toute cette aventure?

Le malade est un humain qui doit être garanti dans sa dignité. La maladie est objet d'étude pas le malade, alors avec un peu de psychologie il serait facile d'éliminer cette bestialisation du malade en le rendant plus acteur et interlocuteur privilégié. Est il vraiment nécessaire que les malades soient couchés, ils le sont parce que les chambres sont faites pour qu'ils le soient. Je suis persuadé qu'un homme debout ou assis se bat mieux pour guérir qu'un patient couché. Il n'est pas exclu du monde des actifs , il peut s'affirmer en terrain plus équitable et se faire entendre. Alité il n'a pas de présence, il est objet dénaturé, on l'infantilise, on le rend passif, et c'est comme cela que certains malades qui fréquentent les hôpitaux fréquemment en viennent à déprimer et à passer leur temps à regarder le plafond. Quel est l'univers visuel d'un être couché?, quel est son angle de vision du monde? des autres? Ne devraient être couchés que ceux qui ne peuvent pas être autrement, les chambres devraient être des lieux dynamiques tirant le malade vers la guérison ou il peut être acteur par l'exploitation de sa propre énergie. Ne serait il pas intéressant d'avoir des espaces conviviaux, d'échanges ou les malades pourraient sortir de leur nombrilisme et mieux vivre, quand je pense que certaines personnes sont amenées a fréquenter ces lieux avec régularité, parfois pendant des années, c'est à mourir.... Quel gâchis.



     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
   
 

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