Rencontre au bord du torrent


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Rencontre au bord du torrent
 



Rencontre!
Nous avions déjà passé une journée merveilleuse de marche en montagne dans l'arrière vallée de Zinal près de son glacier. Le soleil y était éclatant avec un ciel bleu foncé sur lequel se détachaient les quatre mille limbés de leurs neiges éternelles.  L'air  était d'une limpidité extraordinaire. Le retour fut tout aussi enchanteur, d'abord grâce au paysage, la cabane de l'Arpitettaz écrasée par la falaise du WeissHorn, plus bas le torrent avec ses eaux tumultueuses, ses galets blanchis couvrant tout le lit de la rivière,  ne laissant de ci de là que quelques plages de sable gris vert, rehaussé de légions de cairns, érigés là par tant d'enfants passionnés, enfin cette large vallée et Zinal en son extrémité.
Nous étions sur le point de rejoindre notre voiture  quand déboucha sur le chemin, à une quinzaine de mètres, un couple charmant, bras dessus bras dessous avec entre les jambes un petit chien blanc tirant sur sa laisse . Tout en marchant je dis alors à Brigitte: regarde, « c'est nous dans quelques années, au sortir d'un bon café, nous rejoignons notre voiture, celle là, » montrant du regard une Jarguar Sovereign, mon rêve de voiture,  garée à coté de nous, entre d'autres autos moins prestigieuses.
La Dame, très fine, cheveux cendrés bouclés, le visage très expressif avec un grand front,  très élégante dans un tailleur clair rehaussé d'un corsage blanc, nous regardait avec un certain étonnement appuyé d' une sorte de curiosité amusée. Il faut dire que notre équipage pouvait prêter à sourire. D'un coté, Brigitte, féline, aérienne, la tête haute avec son teint de cuivre, ses grands yeux tournés vers les cimes,en un mot sublime, de l'autre, moi, arnaché comme un marin's avec à la ceinture  une batterie d'objectifs photo, une grosse gourde d'eau pour épancher mon rein malade, la poignée de la laisse au bout de laquelle tire le chien, l'appareil photo en bandoulière, le revers du chapeau redressé au dessus du front avec une épingle à nourrisse afin de pouvoir en approcher le Nikon. En face,   l'homme, grand, droit,  arborait avec dignité un faciès grecque agrémenté d'une riche chevelure blanche. Le vêtement clair, sport, lui concédait une allure plus décontractée.  Nous furent, Brigitte et moi, impressionnés par le charme et la classe  qui se dégageait de ces deux personnes. Peut-être cela se voyait-il sur nos visages? pour qu'au delà du petit signe de salutation, d'usage en Valais, l'homme nous interloque avec un large sourire et  une pointe d'ironie: « Alors on promène Médor???? » Après cinq heures de marche, à ce stade, c'est plutôt lui qui nous promenait.
Contre toute attente la conversation s'engagea naturellement en toute simplicité sur le caractère de cette belle journée, mais  très vite sur des choses plus personnelles, ne serait ce  le fait que la Dame nous cachait, sans mal, ses prochains quatre vingt dix ans, qu'ils vivaient ensemble depuis plus de quarante ans et qu'ils étaient  bénis des dieux. Ces confidences m'invitèrent de les remercier pour  l'intensité charmante de cette rencontre qui ajoutait par sa rareté et  sa beauté, une impression inoubliable à cette journée déjà bien remplie.
Nous nous quittâmes  et bien sûr la voiture qu'ils rejoignirent était  la Jaguar . On aurait pu en rester là et c'était déjà très beau, mais,  plus tard, alors que nous nous débarrassions de nos effets de montagne, la Sovereign, silencieuse, plana jusqu'à nous, s'immobilisa en douceur à nos cotés et la conversation reprit, plus subtile encore, plus intime aussi. Pierre, puisque c'est son prénom, avait bien imaginé que je venais d'un métier liée au médical d'un coté et de l'autre, à l'art peut-être. De son coté, le Monsieur avait fait carrière comme créateur de parfums, don artistique qu'il avait hérité de son grand père, peintre valaisan connu,  nous invitant  aussitôt  à voir le musée qui lui est dédié. Comme pour sceller l'évènement, il m'offrit un flacon d'une de ses créations qu'il avait dans son sac. Nous échangeâmes nos adresses internet. Après une petit signe de Denise avec  un petit sourire dans les yeux, la voiture s'éloigna.

Il est des jours étranges, d'exception, des moments de grâce dont on se souviendra toujours. Ce couple est un beau  témoignage du bonheur  et de la complémentarité entre les êtres. Notre rencontre fut un moment intense et rare, spontané et éclairant, un bijou dans le torrent de  la vie.

Les Valaisans et autres Suisses ont déjà reconnu nos deux personnages, mais pour les autres, il convient de dire qu'il s'agissait de Denise et de Pierre Olsommer, ce dernier étant le petit fils de Charles .Clos Olsommer célèbre peintre de la première moitié du XXem Siécle (premières photos de la serie)  dont le musée de ses oeuvres sont à  Veyras aux portes de Sierre. http://www.musee-olsommer.ch/

     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
          
     
 
 
 
     
         
   


 

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