Carnet de voyage


   
 
 
   
       
   
 
 
   
       
 
 
 
   
 

Venise. Tant que vous n’y êtes  pas encore allé, vous pouvez lui échapper voire la snober, mais si un jour vous franchissez son pont, c’en est fini, elle vous habitera le restant de vos jours. C’est une ville démoniaque qui vous envahit complètement et qui ne vous lâche plus. Elle s’aime tant quelle a un pouvoir de séduction quasi hypnotisant. Il n’y a pas de ville plus narcissique que Venise. La beauté magique est là à chaque instant à droite comme a gauche avec une variété folle allant du spectaculaire au plus intimiste, des secrets. L’architecture, la mise en scène, l’histoire qui semble avoir effacé le temps ou d’une seconde à l’autre vous passez du XXI em siècle à l’époque des Doges, des commerces du temple et de la gloire des prestigieux monuments cette ville unique.    Elle sait vous prendre, vous entraîner dans son labyrinthe, vous tromper, vous perdre. Si elle prend beaucoup, elle donne beaucoup aussi. Lorsque, épuisé par une course dans ses ruelles, vous n’aspirez plus qu’au confort douillet d’un hôtel ou vos pieds pourront enfin se soulager, elle vous livre un de ses trésors caché des yeux  du touriste trop pressé, obsédé par le temps qui lui est compté et le plan qu’il a devant lui. Venise est un démon auquel il faut accepter de se livrer, auquel il faut accepter d’ appartenir, il faut le laisser vous gouverner, accepter ses humeurs, ses tromperies, accepter ce qu'il livre, les bas fonds qui font peur, les eaux glauques et mal odorantes, les moisissures pourries  qui ruinent les palais abandonnés autant que ses joyaux. Les citadins semblent vous fuir. Ils apparaissent le temps d’un flach dans l’embrasure d’une ruelle et disparaissent aussitôt pour vous retrouver bien plus tard ailleurs, comme  par miracle, alors en vous croisant , ils vous saluent avec un large sourire presque moqueur, comme si vous étiez dans la confidence, mais vous n'avez rien compris,  ce n’est pas pour vous plaire, c’est pour mieux se protéger de vous, les intrus que nous sommes tous.   Venise est une drogue, une fois consommée, elle vous appelle à nouveau, sans fin, elle vous transporte de mirage en mirage, extase en extase, toujours plus fort, toujours plus loin, alors on y retourne, encore, encore, passionnément…  

 

 
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Venise en juillet


 

L’idée d’aquarelle est née de cette sensation de mélange de saisons. Enchâssé entre des maisons, un arbre vit en même temps son printemps son été et son automne. Il n’y a personne et pourtant on sent une présence. L’histoire et le passé en sont oppressants comme ces hautes façades. Il me fallait jouer de l’ombre et de la lumière de ces gris qui jouxtent des couleurs vives. C’est l’eau qui fait l’unité. Elle est le reflet, le miroir brouillé qui ne renvoie pas d’image, mais qui teinte l’atmosphère. L’orange s’est imposé et la densité n’a cessé de monter pour créer cette profondeur. J’aime cette peinture.  

 

Jérôme Boillot, tous droits réservés
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