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Venise. Tant que vous n’y êtes pas encore allé, vous pouvez lui échapper voire la snober, mais si un jour vous franchissez son pont, c’en est fini, elle vous habitera le restant de vos jours. C’est une ville démoniaque qui vous envahit complètement et qui ne vous lâche plus. Elle s’aime tant quelle a un pouvoir de séduction quasi hypnotisant. Il n’y a pas de ville plus narcissique que Venise. La beauté magique est là à chaque instant à droite comme a gauche avec une variété folle allant du spectaculaire au plus intimiste, des secrets. L’architecture, la mise en scène, l’histoire qui semble avoir effacé le temps ou d’une seconde à l’autre vous passez du XXI em siècle à l’époque des Doges, des commerces du temple et de la gloire des prestigieux monuments cette ville unique. Elle sait vous prendre, vous entraîner dans son labyrinthe, vous tromper, vous perdre. Si elle prend beaucoup, elle donne beaucoup aussi. Lorsque, épuisé par une course dans ses ruelles, vous n’aspirez plus qu’au confort douillet d’un hôtel ou vos pieds pourront enfin se soulager, elle vous livre un de ses trésors caché des yeux du touriste trop pressé, obsédé par le temps qui lui est compté et le plan qu’il a devant lui. Venise est un démon auquel il faut accepter de se livrer, auquel il faut accepter d’ appartenir, il faut le laisser vous gouverner, accepter ses humeurs, ses tromperies, accepter ce qu'il livre, les bas fonds qui font peur, les eaux glauques et mal odorantes, les moisissures pourries qui ruinent les palais abandonnés autant que ses joyaux. Les citadins semblent vous fuir. Ils apparaissent le temps d’un flach dans l’embrasure d’une ruelle et disparaissent aussitôt pour vous retrouver bien plus tard ailleurs, comme par miracle, alors en vous croisant , ils vous saluent avec un large sourire presque moqueur, comme si vous étiez dans la confidence, mais vous n'avez rien compris, ce n’est pas pour vous plaire, c’est pour mieux se protéger de vous, les intrus que nous sommes tous. Venise est une drogue, une fois consommée, elle vous appelle à nouveau, sans fin, elle vous transporte de mirage en mirage, extase en extase, toujours plus fort, toujours plus loin, alors on y retourne, encore, encore, passionnément… |